
Dessin:
(c) Farid Benyaa
http://www.farid-benyaa.com
Le site Bloginy invite les blogueurs algériens à publier un article autour du thème « Agir pour l’Algérie ». Agir, quelque chose que les Algériens ne savent plus faire, dans un pays traversé par un siècle de violences sans nom. Alors maintenant, les Algériens agissent surtout en paroles.
Les Tunisiens fêtent aujourd’hui le premier anniversaire de leur « révolution ». Ils portent encore un espoir presque naïf. Voilà longtemps que l’Algérien, trahit, usé, ne croit plus au changement. L’Algérien n’espère plus rien. Il n’aspire qu’à partir coûte que coûte. Tout sauf ça, même la mort.
C’est que l’Algérien aime l’Algérie mais il ferait tout pour la quitter. Il aime l’Algérie surtout lors de RDV footballistiques (enfin, lorsque c’était encore possible). Il entretien une relation d’amour/haine avec son pays (un peu comme entre la France et l’Algérie). Et plus l’Algérien est loin, plus il aime son pays… la nostalgie, c’est normal. Je parle de nostalgie, pas de repère identitaire maladif comme c’est le cas avec les Beurs qui n’ont que l’Algérie dans la bouche, alors que tout ce qu’ils connaissent du bled sont les quelques semaines de vacances passées là-bas.
L’Algérien veut aimer l’Algérie mais il n’aime pas les Algériens. De toute façon, l’Algérie ne l’aime pas non plus. Car la trahison est la première tragédie de ce pays.
Mais de quelle Algérie on parle déjà ? Il n’y a pas d’Algérie mais des Algéries. Il y a l’Algérie des années 60-70, l’Algérie de mes parents. Quand ils se remémorent leur jeunesse, je peine encore à croire qu’il s’agit du même pays. Ce n’était pourtant pas si loin. L’Algérie de cette époque, je ne la connaît qu’à travers les épisodes de l’inspecteur Tahar. Une époque où les amoureux pouvaient se promener sur la plage main dans la main. Une époque où une fille pouvait se promener en short sans se faire lyncher. Une époque où « celui qui veut aller à la mosquée va à la mosquée et celui qui veut aller au bar va au bar » et-puis-c’est-tout. Une époque où le passeport algérien était le plus respecté au monde… ya hasra!
Moi je suis née la même année que le Code de la famille. Autant dire que je suis plutôt mal tombée. L’Algérien de ma génération (la « génération années 90 ») ne connaît que la merde. Il ne reste de ce patriotisme que des sentiments ultranationalistes stériles prôné par un pouvoir qui n’a d’autres solutions à proposer. Ces idéaux portent un nom: le « nif ». Mais à quoi ça sert le nif ?
On dit que l’espoir fait vivre. Mais que fait-on quand il n’y a plus d’espoir ? L’Algérien n’a plus rien à attendre de la vie, de ce pays et de ses politiciens qui eux-même ont l’air malheureux (mais ça c’est normal, quand on a vendu son âme au diable…) Alors en attendant de retrouver la force d’agir, l’Algérien préfère rêver sa vie, rêver de ce pays imaginaire où il fait bon vivre, à défaut de ne pouvoir en sortir, de digager.

PS: N’hésitez pas à voter pour moua
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“…Une époque où une fille pouvait se promener en short sans se faire lyncher…”
…et pourtant, la peinture de Benya que vous avez choisie pour illustrer votre texte est celle d’une femme …couverte… voilée : hayek wa 3jar ….si loin de la fille en short…
Quand je parle de short et que je mets l’image d’une femme en haik dans le meme texte, ce n’est pas contradictoire au contraire, car je parle aussi de cette meme époque où les femmes portaient le haik, plutot que des voiles importés d’ailleurs. L’islamisation indirecte via la pression sociale fait qu’elles n’ont plus le choix de le porter. De plus, le haik faisait partie de notre identité culturelle qui s’éfface au profit d’une culture wahabite. C’est ça la réalité de l’Algérie d’aujourd’hui, à 10 lieux de celle d’il y a 40 ans.